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Passer de la gestion de projet à la gestion de produit

Par :
Johan
-
Responsable du Pôle Produit
-
Publié le :
23.12.20
Toute personne qui a essayé d’opérer la transition d’une culture projet à une culture produit dans son entreprise sait à quel point elle ne se fait pas toujours en douceur. Les habitudes ont la vie dure, et revoir la manière de fonctionner, ça soulève toujours quelques réticences. Voyons ce qu’on peut y gagner.

Flashback sur la "culture projet"

Crédits : Onlyoffice

Quoi de mieux pour illustrer l‘approche projet qu’un diagramme de Gantt ?

Vous évoluez sûrement déjà dans un environnement agile, en utilisant des méthodes comme Scrum, Kanban, XP ou même Scrumban. Les méthodes agiles ont le vent en poupe, et tendent à se déployer dans de nombreux environnements. Depuis 2001 (et l’émission du manifeste agile), elles ont tout simplement révolutionné la manière de concevoir des produits digitaux.

Le principal problème, c’est que ça coince souvent quand on souhaite les déployer à l’échelle. Le chemin est souvent long pour une équipe agile pour trouver son rythme, la bonne manière de fonctionner. Alors imaginez quand on cherche à déployer tout ça à l’échelle d’un grand groupe ! Des problèmes de gouvernance émergent, et on a du mal à se synchroniser entre plusieurs équipes agiles.

Flashforward vers la "culture produit"

Pexels

“MoSCoW”, “Customer Journey”, certains des outils utilisés via l’approche produit.

Le principal changement lorsque l’on évolue dans un environnement produit, c’est qu’on ne se concentre plus sur le résultat attendu : on cherche d’abord à savoir ce qu’on a à y gagner, la valeur attendue. Et ça change tout.

On met de côté les plannings, les plans d’actions détaillés, le focus est maintenant porté sur l’utilisateur final. On se met en empathie avec lui (via des outils comme les personas) et on l’aide à atteindre ses objectifs (via les Jobs-to-be-done).

On ne sait pas forcément comment on va s’y prendre, mais on y alloue une bande passante dédiée afin de trouver des solutions innovantes pour résoudre les problèmes de l’utilisateur. A travers des itérations courtes, on s’adapte constamment, et on tâche donc d’obtenir la valeur attendue, peu importe la manière, en s’adaptant continuellement. Si ça se passe bien, c’est top, on peut enrichir notre produit et apporter toujours plus de valeur ! Parfois, ça se passe moins bien (euphémisme ?) et alors on apprend de notre échec pour s’adapter, et retravailler notre posture afin d’atteindre la valeur souhaitée.

Mais qu'est-ce que j'y gagne ?

La culture produit, cela vous permet de remettre vos utilisateurs (et votre business !) au coeur du processus. Et comme cela va souvent de pair avec les méthodes agiles, ça vous permet également de gagner en souplesse pour répondre aux besoins de ces utilisateurs. Alors certes, terminé le confort du plan que l’on suit sur plusieurs mois (années ?) sans trop se poser de question. Mais la bonne nouvelle, c’est que si vos intuitions s’avèrent fausses, vous vous en rendez compte bien plus tôt et il sera encore temps de retravailler votre proposition de valeur.

Une approche universelle ?

Mais cela ne veut pas dire que tous les projets s’y prêtent pour autant.  

Prenons l’exemple de votre maison. Vous la faites construire avec un maitre d’oeuvre. En amont du projet, vous avez tout sélectionné : vous avez validé les plans, choisi les matériaux. Avant même le chantier, vous avez une vision claire de votre future maison, vous savez quel résultat vous souhaitez obtenir. On est ici dans un univers millimétré, où chaque dépense a son importance. Si vous aviez débuter votre projet avec une vision produit, en itérant au fur et à mesure, je ne suis pas sûr que vous auriez eu les fonds pour aller jusqu’au bout (même si ça se discute).

La différence fondamentale, c’est que vous êtes ici l’utilisateur final ! Donc vous n’avez pas besoin de tâtonner pour réussir à toucher du doigts votre besoin (même si entre nous, une fois votre chantier terminé, vous vous direz sûrement que vous auriez gagner à faire quelques éléments différemment !). Le mode projet reste donc pertinent quand l’environnement est prédictible : il n’y a pas de débat sur le problème, le bénéfice et la solution.

Crédits : Unsplash

Les plans d’un architecte se doivent d’être des plus précis !

A contrario, sur un projet de développement d’application, vous n’êtes pas le seul utilisateur final. Votre objectif ne sera donc pas tant d’atteindre un résultat donné, mais de générer de la valeur pour vos utilisateurs. Vous n’êtes pas toujours au clair sur le problème à résoudre, et donc encore moins sur la solution à mettre en place. Vous allez donc itérer, parfois plusieurs fois, afin de trouver le bon axe. Et c’est normal. Même en intégrant au maximum les utilisateurs dans le processus, il n’est pas toujours évident de saisir leurs objectifs, et d’identifier la bonne réponse.

Deux approches qui cohabitent souvent

La gestion de projet, la gestion de produit, ce sont donc bien deux manières différentes d’adresser nos défis quotidiens. Dans le fond, les deux approches vont régulièrement cohabiter. Lorsqu’on se lance sur une itération, on a finalement tendance à réaliser un “micro projet”. Alors, certes, on n’utilise pas la panoplie complète, mais on retrouvera tout de même quelques attributs, hérités de la gestion de projet (que ce soit pour l’estimation des coûts, le planning prévisionnel).

Alors, projet ou produit ?

Crédits : Bewizyu

Un classique pour bien définir ce qui est fixe ou estimé dans chaque paradigme

Si on devait récapituler les deux notions :

  • La gestion de projet vous permet d’obtenir un résultat donné, en tenant vos objectifs de délais et de coûts.
  • La gestion de produit vous permet quant à elle de générer de la valeur. Une équipe produit part d’un problème donné et cherche sa solution, par tâtonnement.

Dans un monde toujours plus incertain, il devient donc indispensable de penser “produit”. Mais ce n’est pas une simple réorganisation de vos équipes opérationnelles, cela va au-delà. C’est un changement de culture qui implique toute l’entreprise (direction, RH, marketing, commerce, finances, métier…). Commencez petit, avec des expérimentations pilotes. Mais à terme, vous aurez besoin d’un sponsorship fort, afin d’irriguer toutes les strates de votre entreprise.


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